L’irritation s’insinuait comme un léger mal de tête, sans que le mouvement monotone des hélices, qui laissaient à l’arrière des moteurs une tache grisâtre, ronde et uniforme, n’en fût vraiment la cause. Ce n’était pourtant pas une musique agréable à ses oreilles, au contraire : le bruit entretenait en lui le malaise qui, pour une raison quelconque, rendait plus aiguê la sensation d’un subtil décalage dans les phrases échangées à la hâte avec l’hôtesse de l’air, à qui il renvoyait de temps à autre un solitaire thank you.
Par la fenêtre, on pouvait voir au-dehors un morceau trouble, imprécis, presque tout noir, de paysage ; comme une toile de fond, dont l’aile et sa paires d’hélices auraient été le centre. Vous ne voulez pas vous reposer. Non, vraiment, non. Il remercia pour la deuxième fois l’hôtesse de l’air qui lui proposait de l’accompagner jusqu’à la cabine de repos des passagers. Comme elle avançait d’un pas très léger, discret, il remarqua la broche dorée sur le chapeau bleu triangulaire, où brillait, au milieu de deux ailes stylisées, le symbole de la compagnie.
traducteur : De P à Z
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Jours de Faulkner
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Missels
Un chien-renard apparut et il entra dans la ronde. Il avait un long museau ; il trotta un peu et il vola un œuf de ceux qui étaient sur le bord de la fenêtre, pour offrir. Il l’emporta en le tenant dans la gueule, mais sans serrer les dents. Il revint en chercher un autre, et un autre encore. Il les emportait et il revenait dans le noir, juste avant l’aube. Il travaillait prudemment avec son long museau, humide et effilé comme un phallus. C’est ainsi qu’il emportait – mais où ? – les œufs de Pâques, qui étaient de plusieurs couleurs. Blancs ceux des poules ordinaires. Gris, en pointillé, très fins, la plupart ; à l’intérieur – on le sut parce qu’un œuf se cassa – il y a avait des gazes et une couche de crème. Et les œufs rouges de toujours, les plus éloquents.
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La mise en corps
La personne
Si je regarde dans le miroir et que je remue la main droite, par exemple si j’écris, je vois dans ce miroir un homme qui remue la main gauche et exécute avec elle des mouvements semblables aux miens. Il exécute des mouvements, et ma réflexion seule en découvre le sens. Je suis devenu qui je suis par mimétisme, parce que je pastiche l’homme du miroir tout en réfléchissant aux choses qu’il me fait accroire. Je est (d’où viens-je ? au moins autant du miroir que de tout ce qu’il réfléchit et qui se réfléchit en lui) entré dans ce corps par le truchement du miroir. Et depuis, je peux (peut) me (se) nommer je – chacun d’entre nous, hormis certains cas tragiques, peut se nommer je, avec les conséquences toujours plus fatales que cela suppose.
Buster C. DANIELS
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Les petits miroirs
I.
Ton futur est une plage faite de traces façonnées. Quand tu marches, plutôt que faire simplement des pas, tu accomplis. Tu obéis à quelque chose d’écrit à l’avance par des pas qui, bien qu’ils ne soient pas les tiens, se transforment en destin à mesure que tu traverses le miroir de sable.
II.
Au fond le bonheur te fait mal ; tu sais qu’il passera et survivra comme ces étoiles qui éclairent encore, décapitées.
III.
Ta peau fait taire le débordement de tout un air vivant. Sur elle s’est fragilement cristallisé un linceul paisible qui veille, en le protégeant, sur le tiède abîme du sang, le vertige revêche du temps.
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Revue n°22 – Zurich / Tirana
Sommaire
Présentation de Bernard Comment Metin Arditi Canton de Vaud, le 13 juin Saint-Saphorin, château de Pré-Vigne 10 heures Arno Camenisch Quelque part dans la pampa Nicolas Couchepin Ne plus jamais voir la mer Elisa Shua Dusapin Everland Dorothée Elmiger Et ainsi de suite Yael Inokai La vie telle qu’elle est Alberto Nessi Les enfants de Medellín Fabio Pusterla Procès-verbal des choses non dites Beat Sterchi Sur une butte dans l’Emmental Matthias Zschokke La visites Ardian Marashi La littérature albanaise : une mosaïque mouvementée Ylljet Aliçka Portrait du poète en militant Ridvan Dibra La chartreuse de Parme Bessa Myftiu En attendant… Stefan Capaliku Laisse la porte ouverte (monologue) Agron Tufa Orphi (petit poème) Virion Graçi Les hommes Ernest Koliqi L’hôte Martin Camaj Le fil retrouvé (choix de poèmes) -

Revue n°17 – Athènes / Santiago
Sommaire
Patrick Deville Editorial Présentation d’Olivier Descotes Génération X Chrìstos Ikonòmou Le petit soldat de plomb Chrìstos Asterìou Le vide encore Chrìstos Chryssòpoulos Le mythe de Février Martinidis Dìmìtris Stefanàkis L’été en toutes lettres Yànnis Doùkas Yànnis Makridàkis Le chant du merle Yànnis Mavritsàkis Déplacement vers le rouge Yànnis Palavos La croix Ionnà Bourazopoùlou Nadir Thanàssis Hatzòpoulos Visite de temps Présentation de Felipe Tupper Carlos Franz Espagnols perdus en Amérique Mauricio Electorat Monsieur M Jorge Edwards Découverte de la peinture Lina Meruane Lames de rasoir Leonardo Sanhueza Je me souviens de Clifford Alejandro Zambra Fantaisie Raúl Zurita Trois songes avec Shakespeare, une nuit d’été Nicanor Parra Poèmes Damiela Eltit Même si je me lavais à l’eau de neige Diego Zúñiga Le langage des oiseaux Diego Maquieira Le poulailler -

Revue n°16 – Quito / Dublin
Sommaire
Patrick Deville Editorial Présentation de César Vásconez Romero Adolfo Macías Huerta L’arbre et le cerf-volant Huilo Ruales Hualca Mécanique de l’orange Alexis Naranjo Atténuantes / Aggravantes Edwin Madrid Chocolats, poésie et rébellion Gabriela Alemán La crise I Ernesto Quiñonez Le feu, la dernière fois Efraín Jara Idrovo Trace de mots Leonardo Valencia Découpe parfaite César Eduardo Carríon Poèmes dans une cage de Faraday Ernesto Carriøn Billy the kid s’obstine à vouloir vieillir – Wanted Juanjo Rodríguez Santamaría Territoire pour une toile de Soutine Isquierdo Salvator Tomás Gutiérrez Alea Présentation de Hadrien Laroche Aidan Higgins Le baron qui venait du Balticum Colm Tóibín Barcelone 1975 Dermot Bolger Les rue de Martha Anne Enright Le week-end de la mauvaise baise John Banville Lupins et papillons de nuit à Rosslare Claire Kilroy The devil i know (extrait) Seamus Heaney Poèmes Colum McCann Comme s’il y avait des arbres Robert McLiam Wilson Le Duc d’Enghein


